Voici le récit qu’elle a elle-même fait de la succession des événements qui conduisirent à sa victoire éclatante sur ces “journaleux” sans éthique, méprisables pourvoyeurs de ragots qui, soit dit en passant infestent aussi l’internet.
Au terme d’une lutte de treize mois qui lui coûta 80 000 £ (à peu près 122 000 €), Dame Diana reçut 38 000 £ (à peu près 58 000 €) en dommages et intérêts, qu’elle redistribua à des œuvres caritatives.
Bien joué Dame Diana !
Anne
P.S. : Notice explicative sur les différents types de journaux en Grande-Bretagne et aux États-Unis (© Le Robert & Collins) :“Il existe deux formats de journaux en Grande-Bretagne: le grand format du type "Le Figaro" en France ( broadsheet ), qui caractérise la presse de qualité ("Times", "Guardian", "Independent", "Daily Telegraph") et les tabloïdes qui se distinguent par leurs gros titres accrocheurs, leurs articles courts, leurs nombreuses photographies, leurs opinions tranchées et leur goût pour les histoires à scandale. Parmi les titres représentatifs de cette presse à sensation, on peut citer le "Sun", le "Daily Mirror", le "Daily Express" et le "Daily Mail".
Aux États-Unis, le principal quotidien broadsheet est l'édition nationale du "New York Times". Les tabloïdes américains les plus connus comprennent le "New York Daily News" et le "Chicago Sun-Times".”
Pourquoi j’ai dû forcer le Daily Mail à admettre
qu’ils avaient tort à mon sujet.
The Daily Telegraph, 24 octobre 2003
Dame Diana Rigg décrit son combat juridique contre le quotidien à sensation qui l’avait décrite comme solitaire et aigrie. Elle gagna presque 40 000 £ en dommages et intérêts.
«J’ai toujours pensé à moi comme une personne plutôt heureuse. À part quelques coups au long du chemin, je considère que j’ai été extrêmement chanceuse. Exerçant une profession que j’adore, contente même lorsque je ne travaille pas, j’avais une vie de veine jusqu’à ce que le Daily Mail et sa chroniqueuse, Jane Kelly, décide de la ré-écrire.Je ne donne généralement pas d’interviews sauf si je dois promouvoir une pièce, et je m’étais juré il y a des années, ayant été échaudée une fois de trop, de ne plus jamais être interviewée par une femme.
Bien sûr, toutes les femmes journalistes ne sont pas mauvaises mais beaucoup, dans nos tabloïdes, manipulent l’opinion en pratiquant la malveillance. Cependant cette interview était différente, c’était pour une organisation caritative, “Children With Aids”, et j’avais été contactée par son directeur financier, Peter Brooke Turner, afin d’attirer l’attention sur ses besoins.
Étant donné que je n’étais pas complètement au fait de l’organisation et de ses activités, j’ai demandé à Peter de m’accompagner pour l’interview. Rétrospectivement, nous étions tous les deux stupidement naïfs et complètement inconscients du fait que la dernière en date des manœuvres journalistiques, pour attirer les récalcitrants à la table des interviews, consiste à les inviter à venir parler de l’œuvre de charité qui a leur faveur.
Nous sommes arrivés légèrement en retard et Jane Kelly parut visiblement contrariée à la vue de Peter à mes côtés. L’interview, je me souviens, se déroula de manière plutôt chaotique car elle nous éloignait constamment du sujet de l’œuvre de charité pour aborder des questions plus personnelles, alors que je la ramenais toujours en arrière.
À la fin, j’ai cédé et j’ai répondu en termes généraux à des questions sur mon enfance, mes débuts au théâtre, ma nouvelle maison en France, etc. Rien dont je n’avais pas parlé auparavant, et nous nous sommes quittées apparemment en bons termes. Deux jours plus tard, l’interview était publiée et j’ai reçu un choc. On m’avait prêté une personnalité que je ne reconnaissais pas, des attitudes qui ne sont pas les miennes, des opinions que je n’ai pas et des mots que je n’avais pas prononcés. Pour couronner le tout, Mademoiselle Kelly avait décidé de me mettre à la retraite.
Des amis compatirent mais me mirent en garde contre une action légale. “Demain, ça servira d’emballage pour les “fish and chips”.”, ... “Tout le monde aura oublié dans quelques jours.”, ... “Les gens qui te connaissent ne croiront pas ça.”, disaient-ils.
Cependant, je savais qu’une fois dans le domaine public sans avoir été contesté, l’article serait à la disposition de n’importe quel journaliste qui voudrait le recycler et le perpétuer à volonté. Je n’étais pas prête à vivre dans cette perspective, alors je m’en vins chez Harbottle and Lewis et Tom Amlot, un avocat. Il avait l’air suffisamment jeune pour être mon petit fils, avec des épis dans les cheveux et un immense sourire qui s’ouvrait sur des incisives espacées.
La bonne nouvelle était qu’il se trouvait que ma plainte était fondée, la mauvaise était que poursuivre coûterait beaucoup d’argent. Tom me remit une liste d’accusations et m’avertit que des conversations téléphoniques seraient à prévoir. Je l’ai renommé “Lance-l’Horloge” Amlot. Dans les semaines qui suivirent, les juristes du Mail défendirent vigoureusement l’article, des lettres furent échangées et les deux côtés s’enrichirent.
Je décidai d’aller en France pour voir où en étaient les travaux de ma nouvelle maison. “À la recherche de l’amour en France”, avait écrit Jane Kelly. L’idiote. Plutôt à la recherche d’un bon charpentier. De retour deux jours après, mon choc-mètre fit de nouveau un bond. Un autre article dans le Mail prétendait que je vivais “une vie de recluse” en France. Il s’accompagnait d’une photo sinistre de moi une baguette de pain à la main. La légende disait, “Des courses pour une personne”. La plupart de l’article d’origine avait été réimprimée. J’avais été suivie jusqu’à un village isolé et photographiée en cachette.
Pourquoi imprimer ça ? Est-ce qu’il y avait là de quoi justifier ma supposée retraite ? Ou était-ce pour m’intimider, ne me laissant aucun doute sur le fait qu’il n’y avait aucun aspect de ma vie que le Mail ne pourrait pas exposer ? Je ne le saurai jamais mais des gens m’arrêtent toujours dans la rue et me demandent pourquoi je suis ici et pas en France. Irritant.
Pendant ce temps, “Lance l’Horloge”, mon avocat, Monsieur Desmond Browne et son assistant William, travaillaient d’arrache-pied pour mon compte. Il apparut que nous allions tout droit au procès, une perspective qui ne me plaisait guère et qui, je le suspectais, ne plaisait pas non plus à Mademoiselle Kelly, mais pour d’autres raisons. Ses notes de l’interview étaient une pièce essentielle et mon équipe en avait besoin pour les comparer avec la version de Peter des événements et la mienne. L’autre camp tergiversa sans fin et quand les notes arrivèrent enfin elles étaient illisibles, un mélange de sténo et des gribouillis de Mademoiselle Kelly. Est-ce qu’on pourrait en avoir une transcription ? Pas sans payer, fut la réponse initiale.
La transcription, quand elle apparut enfin, réjouit mon équipe au plus haut point, contenant comme elle le faisait très peu de ce qui avait été imprimé dans l’article définitif. En dépit de cette lourde preuve, le Mail poursuivit la lutte. Plusieurs audiences au tribunal et encore d’autres lettres s’ajoutèrent au dossier. Petit à petit la tactique devint claire, l’opposition avait l’intention de faire durer les procédures le plus longtemps possible, occasionnant des frais légaux à faire dresser les cheveux sur la tête, dans l’espoir que je me trouve à court d’énergie ou d’argent ou des deux. “Lance l’Horloge” m’encouragea et me pressa de frapper un grand coup là-dedans, mais ce ne fut pas facile.
Soudain, des excuses furent suggérées, ensuite la formulation commença à être laborieusement élaborée et une fin à cette sordide affaire parut possible.
Cette semaine, après treize mois et 80 000 £ de frais de justice - de mon côté - le Mail accepta finalement un règlement à l’amiable. Par curiosité, j’ai pesé mon dossier : 42 Livres, 19 kg et 44 grammes.
Suis-je heureuse du résultat ? Bien sûr, mais les mois passés ont vu des moments de grande dépression. Archie, mon ex, doit avoir été grandement embarrassé par l’article mais il ne m’en a jamais tenu rigueur, fut-ce un instant. Mon frère et sa famille avaient lu le passage qui disait “son père était bizarre” mais se rallièrent à moi. On a tendance à oublier que beaucoup de gens sont affectés indirectement par le journalisme irréfléchi et cruel.
J’ai suivi les récentes délibérations de la Commission des Plaintes contre la Presse et du Département de la Culture, des médias et du sport et désespéré de leur conclusion que la présente réglementation est suffisante. Les journaux à sensation sont très riches et consacrent des sommes énormes pour contrer les actions en justice. Ils ne reculeront devant rien pour éviter de publier des excuses car ça les feraient passer pour des idiots et perdre leur crédibilité. Dans des cas justifiés, comme le mien, il devrait exister une voie rapide, un processus indépendant, sans recours à la loi, qui aurait le pouvoir de garantir des excuses immédiates et marquantes dans le journal offenseur. À ce moment là seulement la Presse pourra commencer à se racheter une conduite.
Et maintenant ? En tête de liste il y a un déjeuner de fête au Ivy avec “Lance l’Horloge”, Desmond and William qui promet d’être joyeux.
C’est moi qui paye, naturellement.»



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