Dame Diana Rigg s'exprime librement dans cet article publié au moment où elle jouait "Honour", en 2006. Elle y parle essentiellement de sa santé et de sa manière de vivre lorsqu'elle joue.
Anne
Diana Rigg
Interview de Caroline Scott
Sunday Times - Times Online - 19 février 2006
La carrière au théâtre, à la télévision et au cinéma de Dame Diana Rigg, 67 ans, s'étend sur plus de quarante ans. Sa dernière pièce "Honour", a commencé au Wyndham's Theatre à Londres la semaine dernière. Divorcée avec une fille, l'actrice Rachael Stirling, Dame Diana vit seule dans le centre de Londres.«Si je tournais dans un film, je me retrouverais sur une chaise à 7 heures du matin, pendant qu'on me tartinerait le visage de maquillage ; mais pendant les répétitions au théâtre, je me tiens aux heures de bureau, 10 h/18h avec une pause pour le déjeûner. Je sais que la sagesse veut que le petit-déjeûner soit le repas le plus important de la journée mais je ne peux pas manger si je n'ai pas faim, alors je ne prends pas de petit-déjeûner. Je bois un café accompagné d'une cigarette.
J'ai le coup d'œil pour la mode mais jusqu'à un certain point seulement. Je veux dire par là que je me lave soigneusement. Prendre une douche et me maquiller me prend une demie-heure maximum. J'utilise toujours la crème Pond pour le visage, que l'on m'a fait connaître très tôt. Pas de fond de teint mais j'utilise beaucoup de mascara.
Pour travailler je préfère que les vêtements soient ordinaires, des pantalons quelconques et des chaussures confortables. À partir d'un certain âge, je pense qu'il faut se choisir un style et s'y tenir. Je pèse un chouïa plus lourd qu'il y a des années, ce qui est bien -je ne veux pas avoir l'air d'un cadavre- mais il faut faire attention. Je faisais des emplettes l'autre jour et j'ai réussi à entrer dans des jeans à couture plutôt sympa, mais c'était vraiment la seule chose qui était en leur faveur. My fille, Rachael, me regarda et me dit : "Pas digne."
Je vide constamment les cendriers et si je n'ai pas le temps de laver, je jette les détritus dans l'évier de manière à ce que je ne les voie pas. Rachael me dit que je suis "anale" et je le suis probablement. Mais si vous laissez de l'ordre, vous retrouvez l'ordre ; pour moi c'est sensé.
J'écoute la B.B.C., Radio 4, quand je conduis pour aller au travail, ce qui me vient de ma mère. Mon Dieu, c'est merveilleux ; on apprend tellement de choses. Je suis une formidable lectrice. J'adore la chronique de Sue McGregor dans "Une bonne lecture", mais je ne peux rien lire quand j'essaie d'apprendre mon texte.
Beaucoup d'acteurs parlent de "mon assistant(e)". C'est presque évident d'avoir un(e) assistant(e) quand on atteint un certain niveau, mais à quoi bon avoir un(e) assistant(e) ? Je ne supporte pas l'idée que quelqu'un d'autre que moi ouvre mon courrier. Ce qui est formidable quand on commence une nouvelle pièce, c'est qu'on est tous égaux. Il faut avoir confiance les uns dans les autres et sympathiser très vite. Il ne peut pas y avoir de statut ni de privilèges. La notion de pedigree est plutôt hors sujet dans une salle de répétitions.
Je peux repoousser l'heure de manger indéfiniment. Je ne mange jamais parce qu'il est 1 heure ou 2 heures ou même 4 heures, je n'ai réellement pas faim. Si je ne travaille pas j'emmène Mabel, mon jack-russel, à Hyde Park et même l'odeur des sandwiches au bacon du stand de hot-dogs ne me tente pas. J'adore les parcs de Londres. Ils nous donnent le sens des saisons qu'on ne trouve pas dans les rues. Très peu de gens m'abordent dans les parcs ; ce sont surtout des gens à chiens et ils ne se préoccupent que des chiens. On pousse des hauts cris au sujet des gens qui ne ramassent pas les crottes ; c'est quelque chose que j'ai du mal à faire.
Je suis intolérante envers ceux qui doublent tout le monde dans une queue et les mauvaises manières en général. Je reprends les gens dans tout le magasin et je me fiche de ce qu'ils pensent. Je descends la vitre de ma portière et crie "Merci !" aux gens que j'ai laissé passer devant moi dans la circulation. J'ai un caractère terrible et quand ça explose, c'est "tout le monde aux abris !". Ce qui est terrible, c'est que quand je suis en colère je deviens incroyablement tranchante. Mais je sais aussi dire "désolée" et je ne boude pas, ce qui est important. Avec moi les choses doivent être dites. Je ne suis pas très douée pour la fermer.
J'ai un très petit appartement à Londres et une maison spacieuse en France et je suis différente quand je suis là-bas, plus libre et détendue. J'invite des amis à dîner ; je nage nue dans ma piscine, ce qui est divin. J'ai toujours eu honte de moi de ne pas parler couramment le français, alors je m'en suis allée au Lycée. (ndt : le Lycée Français Charles de Gaulle à Londres). J'étais l'aînée des élèves de trente-cinq ans mais j'ai adoré ça. Je dépérirais si je cessais d'apprendre.
Je fume une vingtaine de cigarettes par jour, peut-être plus. Je sais que c'est ridicule et j'ai arrêté des tas de fois, mais j'aime ça. J'associe la cigarette aux bonnes choses. La dernière fois que j'ai recommencé c'était en France. On cuisinait beaucoup ; on mangeait et on buvait, tout était parfait. J'étais debout dans ma cuisine et j'ai pensé : "Qu'est-ce qui manque ? Je sais. Une cigarette." Alors j'en ai alors allumé une et puis ...
Si je joue le soir, je ralentis pendant l'après-midi et je commence à gérer mon énergie. Je mange quelque chose de léger ; j'aime beaucoup les Creams Crackers de Jacob's avec du fromage, et je pars pour le théâtre aux environs de 17h30. Je ne suis pas nerveuse, sauf s'il y a quelqu'un que je crains dans la salle. J'aime vraiment le théâtre. C'est là que j'ai débuté, et c'est en quelque sorte ma maison.
Je ne suis pas triste que ma beauté, quelle qu'elle ait été, passe. Vraiment pas. Je ne déteste pas le délabrement de mon corps ; en fait, je le respecte parce qu'il m'a bien servie. Mais je déteste que mon tonus ne soit pas bon ou que mes genoux soient abîmés. Je déteste ne plus pouvoir marcher pendant des kilomètres. Quand mon corps me laissera finalement tomber, je deviendrai une vieille dame très grincheuse, parce que je ne serai pas déglinguée à l'intérieur.
Quand le rideau tombe, je vais dîner avec des amis. Mais même si je suis seule, je cuisine et mets la table. Je fais bien le jarret d'agneau avec des flageolets et de l'ail. Pour moi cuisiner est la plus jolie façon de donner. J'aime la nourriture et manger un repas tout préparé ne me fait pas rêver. Six heures du soir, c'est l'heure de l'apéro et je ressens distinctement une envie. Avant six heures, j'aurais l'impression de transgresser une règle non écrite.
J'ai une devise : "Rouge avant la couche." Une bouteille de merlot chilien à £3.99 donne la meilleure nuit de sommeil au monde. C'est comme recevoir un coup sur la tête. Je me réveille dix heures plus tard, fraiche comme un gardon.»


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